Chaque mois, une thématique pour découvrir des recherches de l’Université… 2010 est l’Année Internationale de la Biodiversité, à cette occasion nous proposons un coup de projecteur sur deux chercheurs de l’Université de Bourgogne qui étudient la biodiversité antarctique et notamment les oursins !
VIDEO : Bruno David nous parle de sa recherche sur les oursins d’Antarctique au cours d’un film de six minutes réalisé en 2007.
Bruno David est directeur de recherches au laboratoire Biogéosciences (uB/CNRS)
PORTRAIT : Thomas Saucède : l’homme de l’Antarctique !

- Thomas Saucède, chercheur à l’Université de Bourgogne, au cours d’un voyage de recherche en antarctique
Il a conduit un avion, il s’est fait attaquer par des grands labbes* ;
il est resté coincé une semaine dans sa base, pour cause d’avion cassé…
Et pourtant, Thomas Saucède, chercheur de 36 ans, n’a rien du baroudeur « m’as-tu-vu ». C’est avec un calme olympien que ce dijonnais tout juste revenu d’Antarctique (le 10 janvier !) répond à nos questions :
Quel était l’objectif de ta mission ?
Pour cette mission, nous étions une vingtaine de scientifiques, partis pendant deux mois pour étudier l’environnement marin le long de la péninsule (ouest) antarctique. L’objectif était de récolter des données biologiques et environnementales, à la fois près de la surface de l’eau mais aussi sur le fond marin, ce qui est assez rare. En effet, des études aussi variées que celles de la température, la salinité, la composition des sédiments, du plancton, de la faune etc., font souvent l’objet de missions distinctes. Au sein d’une équipe pluridisciplinaire, j’étudiais plus particulièrement les espèces d’oursins.
Pourquoi les oursins ?
Tout d’abord, nous connaissons assez bien les différentes espèces d’oursins antarctiques. De plus, ce sont des animaux sensibles à la qualité de leur milieu de vie et plus particulièrement celle du sédiment marin. Ainsi, ils peuvent constituer de bons indicateurs de changements environnementaux. Actuellement, ces changements sont importants le long de la péninsule antarctique : l’eau se réchauffe, des morceaux de calotte glaciaire fondent, des espèces animales migrent, etc. La façon dont la distribution de telle ou telle espèce d’oursin évolue devrait permettre de « mesurer » l’importance et l’impact des changements environnementaux sur la faune marine.
Les oursins seraient aussi des « pionniers – colonisateurs » ?
Oui, une étude récente nous porte à penser cela ! (Hardy et al. , In Press).
En 1995, puis en 2002, des morceaux de calotte glaciaire totalisant une surface de 3000 km2 se sont effondrés et détachés du continent Antarctique en quelques semaines. Cette destruction a également eu pour effet d’accélérer le phénomène de raclage du fond marin par les icebergs, à tel point que le fond marin est presque devenu vierge de toute faune. Le « calme » revenu, certaines espèces pionnières d’oursins ont repeuplé cette zone, mais elles ne sont pas venues seules. Comme le dit Bruno David dans le film ci-dessus, certains oursins sont de véritables autobus : ils véhiculent de nombreuses espèces fixées sur leurs piquants. Notre étude, actuellement en cours de publication, laisse à penser que ce sont les oursins qui ont transporté un certain nombre d’espèces dans cet espace vierge. Ils contribueraient donc fortement à la recolonisation du fond marin. Les oursins sont des acteurs de la biodiversité à ne pas négliger !
Propos recueillis par Lionel Maillot
* labbes : espèce d’oiseau antarctique appelée également stercoraire.
Thomas Saucède est maître de conférences dans le laboratoire Biogéosciences.
Retrouvez Thomas Saucède dans l’émission radio : le microscope et la blouse







